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L’insoutenable légèreté de l’être – Milan Kundera

July 10, 2015
L'insoutenable légèreté de l'être - Milan Kundera

Milan Kundera est un de ces auteurs dont la magie du verbe, tout comme Christian Bobin, ne cesse de m’émerveiller. Ces romans ne sont que prétexte pour parler de la vie, saisir un moment dans son essence, nous le livrer sur un plateau d’argent. Réfléchir, faire apparaître l’absurde, sans tomber dans le ridicule toutefois.

L’insoutenable légèreté de l’être ne fait pas exception à la règle. Paru d’abord en 1984 en anglais, L’insoutenable légèreté de l’être ne sera publié que deux ans plus tard en français, puis en tchèque dans sa version originale.

Roman marquant pour moi, sur l’amour, la légèreté de l’âme et la pesanteur de la réalité. Et comment tout s’équilibre, comment apprendre à ne pas lutter, à embrasser ce doux paradoxe. Un roman oui, avec une histoire d’amour, de maîtresse, avec des personnages aux vues différentes, qui auraient pu être tout autre, qui servent surtout à aborder les thèmes marquants de Kundera et cette question existentielle qui persiste pour moi : quelle attitude adopter envers la vie? La prendre avec légèreté et insouciance serait nier les difficultés qui surviennent lorsqu’on est confronté à la réalité, mais se prendre au sérieux serait également jouer un jeu qui sonne faux quand on sait que personne ne sortira vivant de cette épopée qui ne mène nulle part.

Pour ma part, j’ai opté pour un mélange joyeux de légèreté et de sérieux. Le léger c’est ma manière d’aborder la vie, avec le sourire, avec cette joie dans mon cœur. Le sérieux c’est l’intangible, l’intemporel, l’amour que j’ai pour la vie, ceux avec qui je la partage, et l’importance que j’accorde au fait d’être intègre, en accord avec mes valeurs autant que possible, dans le respect de la vie en moi et en toi.

Raconter l’histoire, je pourrais, mais je ne le ferai pas. Ou si peu. Je l’ai déjà fait non? L’essentiel est dit selon moi, il s’agit d’une classique histoire d’amour avec quelques amants. Ce qu’il y a de précieux, de délicieux dans L’insoutenable légèreté de l’être, ce sont ces magnifiques phrases qui restent, alors que depuis longtemps le récit vous a quitté. Laissons parler l’œuvre d’elle-même maintenant.

Quelques-uns de mes citations préférées :

p. 20 « Notre vie est une esquisse de rien, une ébauche sans tableau […] Ne pouvoir vivre qu’une vie, c’est comme ne pas vivre du tout. »

p. 53 «  Il n’est rien de plus lourd que la compassion. Même notre propre douleur n’est pas aussi lourde que la douleur coressentie avec un autre, pour un autre, à la place d’un autre, multipliée par l’imagination, prolongée par des centaines d’échos. »

p. 55 « Beethoveen semblait considérer la pesanteur comme quelque chose de positif […] la pesanteur, la nécessité et la valeur sont trois notions intrinsèquement liées : n’est grave que ce qui est nécessaire, n’a de valeur que ce qui pèse. »

p. 81 « L’homme, guidé par le sens de la beauté, transforme l’événement fortuit en un motif qui va s’inscrire dans la partition de sa vie. »

p. 164 « Vivre dans la vérité, ne mentir ni à soi-même ni aux autres, ce n’est possible qu’à la condition de vivre sans public. Dès lors qu’il y a un témoin à nos actes, nous nous adaptons bon gré mal gré aux yeux qui nous observent, et plus rien de ce que nous faisons n’est vrai. »

p.169 « Les yeux sont la fenêtre de l’âme. Le corps de Franz se débattant sur elle les yeux fermés, c’était pour elle un corps sans âme. »

p.241 « Pour échapper à la souffrance, le plus souvent on se réfugie dans l’avenir. »

p. 420 « La vraie bonté de l’homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu’à l’égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l’humanité, ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c’est ici que s’est produite la faillite fondamentale de l’homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent. »

p.423 « C’est un amour désintéressé : Tereza ne veut rien de Karénine. Elle n’exige même pas d’amour. Elle ne s’est jamais posé les questions qui tourmentent les couples humains : est-ce qu’il m’aime? A-t-il aimé quelqu’un plus que moi? M’aime-t-il plus que moi je l’aime? Toutes ces questions qui interrogent l’amour, le jaugent, le scrutent, l’examinent, peut-être le détruisent-elles dans l’œuf. Si nous sommes incapables d’aimer c’est peut-être parce que nous désirons être aimés, c’est-à-dire que nous voulons quelque chose de l’autre, au lieu de venir à lui sans revendications et ne vouloir que sa simple présence.

Et encore une chose : Tereza a accepté Karénine tel qu’il est, elle n’a pas cherché à le changer à son image, elle a acquiescé d’avance à son univers de chien, elle ne veut pas le lui confisquer, elle n’est pas jalouse de ses penchants secrets. […]

Et aussi : son amour pour le chien est un amour volontaire, personne ne l’y a contrainte. […]

Mais surtout : aucun être humain ne peut faire à l’autre l’offrande de l’idylle. Seul l’animal peut le faire parce qu’il n’a pas été chassé du Paradis. L’amour entre l’homme et le chien est idyllique. »

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